Nom du blog :
labouvineparpatrick
Description du blog :
Un blog destiné aux vérités de la piste en matière de course camarguaise et de traditions.
Catégorie :
Blog Medias
Date de création :
30.03.2015
Dernière mise à jour :
14.01.2026
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Derniers commentairesmerci pour ce commentaire... peut-être voir florentino dans une piste plus grande ? impressionnant en tout cas
Par Anonyme, le 17.09.2023
Vous dirigez actuellement l’école de raseteurs Baillargues - Métropole, pouvez-vous nous en parler ?
L’école a 5 ans. C’est sur une sollicitation de Jean Luc Meissonnier, Maire de Baillargues et ancien raseteur, que nous l’avons ouverte. Depuis l’origine, j’ai la chance d’avoir une super équipe de passionnés qui m’entoure pour son fonctionnement. En moyenne nous encadrons 35 élèves chaque saison, et je prends un très grand plaisir avec les jeunes et les éducateurs. C’est une belle aventure taurine et humaine.
Comment êtes-vous devenu éducateur d'école taurine ?
C’est une histoire un peu particulière, les hasards de la vie. Il y a une quinzaine d’année, j’ai reçu un coup de fil surprise de Didier Honoré, des Saintes Maries de la mer, m’expliquant qu’il y avait aux Saintes une dizaine de jeunes adolescents passionnés qui avaient envie de raseter. Il m’a expliqué qu’il cherchait un éducateur pour encadrer ces jeunes, et qu’il voulait créer une école. Cela faisait un peu loin de mon domicile, et je lui ai proposé de faire un test un samedi après-midi avec quelques vaches. J’ai pris tellement de plaisir avec les jeunes, que le soir même j’ai accepté et j’y suis resté 3 ans. Il y avait de supers jeunes dont quelques-uns sont devenus raseteurs, comme Bastien Four, Anthony Ayme, Hicham Oufdil.
Quelle est votre vision de la transmission du savoir ?
Transmettre, cela doit d’abord être un plaisir sincère, un mélange d’expérience, de connaissance et de générosité. Il y a la partie tauromachique certes, mais tout le reste aussi est important. Apprendre à accepter des règles collectives et individuelles, promouvoir les valeurs positives, faire comprendre l’environnement dans lequel les jeunes vont évoluer. Et si en plus, ils deviennent passionnés et vont aux courses, c’est parfait.
Quelle est l’utilité des écoles ?
Cela va bien plus loin que la simple mission de former de futurs jeunes raseteurs. Depuis toujours, j’ai la forte conviction que pour que la course camarguaise soit forte et traverse les décennies, il lui faut un maillage fort sur son territoire. Sa force, est qu’elle soit présente partout sur le territoire avec les écoles, les clubs taurins et les manades. Les instances fédérales, dans une vision à long terme, doivent aider et faciliter toutes les initiatives locales, petites ou grandes, ne pas les négliger, être là quand c’est difficile. Croire que la course camarguaise perdurera, et rayonnera en concentrant ses moyens et ses attentions principalement sur les «grands», est selon moi une stratégie perdante sur le long terme. Il y a eu des projets de regrouper les écoles, en une sorte de centre de formation fédéral, je n’y étais pas favorable pour les mêmes raisons.
Quelques chiffres sur les écoles ?
Il y a une vingtaine d’écoles en activité, certaines sont fragiles et il faut les aider avant qu’elles disparaissent. L’effectif des élèves tourne autour de 300, et les écoles organisent plus de mille courses par saison en permettant d’essayer environ 8000 taureaux et vaches. Elles font beaucoup d’ouvertures de courses, et répondent aux sollicitations des instances fédérales pour participer et faire vivre des événements institutionnels, générateurs de subventions pour la FFCC, tels que graines de raseteurs, les journées des sports traditionnels…etc...
Un Collectif des écoles de raseteurs s’est organisé cette saison. Quel est son but ?
Malheureusement, c’est suite au décès en piste d’un jeune élève la saison passée, et les moments difficiles qu’ont vécu les encadrants, que les écoles ont commencé à se réunir pour, dans un premier temps, évoquer leurs difficultés et leurs craintes dans l’exercice de leur mission, et ensuite faire remonter leurs attentes auprès de la FFCC. Puis, sur cette lancée, nous avons décidé de continuer à essayer de faire vivre cet état d’esprit, en mettant en place le Collectif qui n’est pour l’instant qu’une première étape, un galop d’essai. Cela nous a permis tout au long de la saison de nous parler, de soutenir des écoles en difficultés sur certaines périodes, d’organiser des courses en commun, de faire remonter des idées à soumettre à la FFCC. Je suis très heureux d’avoir participé à la mise en place de ce Collectif.
Quels sont les sujets en cours au sein du Collectif ?
Actuellement le sujet qui nous occupe est plutôt un sujet d’intérêt général. Nous, écoles de raseteurs, nous considérons que les écoles, avec l’ensemble de leurs élèves licenciés, constituent année après année un formidable réservoir de futurs aféciouna, et qu’il convient de mettre en place un véritable dispositif fédéral, pour faire venir ces jeunes plus facilement aux courses officielles et les fidéliser.
Nous considérons qu’il n’est pas normal, qu’un élève n’ait jamais les mêmes conditions financières d’entrée aux courses en fonction des arènes et des organisateurs. Un coup on leur ouvre les portes gratuitement, un coup c’est plein tarif, un coup c’est demi-tarif, un coup c’est 3 €. Ils nous le disent tout au long de la saison « on n’y comprend rien » et du coup, ils hésitent à se déplacer, sachant que pour la grande majorité, ils sont jeunes et n’ont pas de revenus. Nous profitons de l’occasion pour remercier tous les organisateurs qui font l’effort de laisser rentrer les élèves gratuitement à leurs courses.
Au mois de Juin, nous avons donc, à l’unanimité du Collectif, décidé de demander par écrit à la FFCC, la mise en place d’une table ronde avec les organisateurs pour échanger sur le sujet, afin de co-construire un dispositif uniforme d’accès aux courses pour les élèves. Et si possible de trouver les subventions, et mettre en place les contreparties pour les organisateurs, afin de viser la gratuité ou un tarif statutaire très bas.
Nous pourrions alors, communiquer auprès des élèves sur le nouveau dispositif uniforme, et donc les inciter à venir aux courses officielles plus souvent, et plus simplement, et sur le long terme mieux animer le renouvellement des générations d’aféciouna.
Où en êtes-vous de cette table ronde ?
Malheureusement, 4 mois après notre première demande, et malgré des relances, nous n’avons aucune nouvelle, et n’avons même pas été conviés à une première réunion d’échange. Peut-être que, le gros de la saison étant passé, nous allons avoir des nouvelles bientôt. Nous ressentons cela comme un manque de considération, et si le silence perdure nous pourrions réagir.
Plus généralement comment voyez-vous l'avenir de la course camarguaise?
Sur le plan purement taurin, il y a beaucoup de points positifs avec l’arrivée régulière, chaque année, de bons raseteurs et de bons taureaux. Les manadiers et les écoles de raseteurs font du bon travail.
Quel est votre avis sur le taureau d’aujourd’hui?
En règle générale, le taureau d’aujourd’hui est plus mobile, plus noble qu’il y a quelques décennies, il fait beaucoup moins de courses par saison et devant moins de raseteurs. Du coup son apprentissage est plus long, et il met plus de temps à trouver le bon niveau d’intelligence et de gestion de course. Sous la pression, il a moins de recours que le taureau d’avant. Il y a des ajustements à imaginer, à tester, pour tirer le meilleur des taureaux actuels, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.
Vous en pensez quoi des raseteurs d’aujourd’hui ?
Je les trouve bons avec beaucoup de potentiel. A chaque course, ils doivent assurer à 8 ou 10, ce que les anciens raseteurs devaient assurer à 15 ou 20. Du coup, les courses sont très éprouvantes pour eux, sur le plan physique et mental, et ils ont naturellement besoin de gérer davantage leur course et leur saison, avec des temps forts et des temps faibles. Le système de la course aux points, qui prédomine, a tendance petit à petit à étouffer leurs qualités artistiques, leurs sens du spectacle.
La fédération a connu des remous, que pensez-vous de la direction d’aujourd’hui ?
Tout le monde comprend le système qu’on nous prépare pour l’avenir, plus personne n’est dupe. Je me suis déjà exprimé sur le sujet l’an passé, pressentant la tendance que cela allait prendre. La Fédération est désormais dirigée, à son sommet, par des acteurs forts qui vivent essentiellement de la course camarguaise. Cela ne me semble pas une bonne chose, et peut être même illégal. On ne peut pas être décideur et bénéficiaire directement, ou indirectement, de ses décisions. Aucune autre fédération sportive ne fonctionne comme cela. Nous sommes l’exception. Ma vision est que le pouvoir fédéral doit être confié, à la base, à toutes les corporations qui font vivre la course camarguaise, pour le bénéfice de l’élite qui vit de la course camarguaise, qui elle aussi doit être représentée, associée et consultée.
Pouvez-vous développer?
Si rien ne change, nous allons à grands pas vers le modèle ibérique de la corrida, qui voit dominer des trusts qui décident de tout et dirigent tout, s’arrangent sur tout. Les forts s’en accommodent, les petits et sans grades ne peuvent que se soumettre, se retrouver sur la touche ou disparaître. Cette orientation met en danger les équilibres, à moyen et long terme de notre pyramide camarguaise, et de notre couverture taurine du territoire. Ce n’est pas la vision que je me fais de l’esprit qui doit l’emporter au sein de l’institution fédérale. Même s’il est totalement légitime de vouloir valoriser et associer fortement l’élite, il ne l’est pas de vouloir le faire au détriment de l’institution fédérale et de sa vocation fondamentale.
Etes-vous prêt à vous impliquer plus largement pour cette passion taurine qui visiblement vous tient à cœur?
Si cette vision très collective et fédératrice trouve bon échos et que les conditions sont réunies, pourquoi pas.
Propos recueillis par Patrick PONS
Crédit photos: Collection privée